Naissance d’un pont

Publié le 28 mars 2011 dans Littérature | 3 réactions

Golden gate bridge - San Francisco
Golden Gate Bridge à San Francisco

Je ne lis quasiment jamais les livres des rentrées littéraires, ou alors, évidemment, je les lis quelques années plus tard. Cette année, j’avais pris la résolution d’en lire quelques uns, mais quelques mois plus tard, je me rends compte que je n’ai pas vraiment tenu ma promesse… Je n’en ai lu qu’un, et je ne l’avais même pas mis sur ma liste. Je viens donc de terminer Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, prix Médicis 2010. Et je ne sais même plus pourquoi j’ai eu envie de lire ce livre…

L’histoire, c’est celle de la construction d’un pont dans une ville imaginaire de Californie. Le maire de la ville, dit Le Boa, souhaite que son nom reste comme celui d’un grand bâtisseur. Aussi, après une visite à Dubaï — ville qui emploie un tiers des grues disponible sur Terre —, il décide de faire construire un pont immense, démesuré. C’est un cabinet d’architectes français qui est choisi ; les ouvriers et les spécialistes en tous genres — béton, grues, fouilles…— affluent et se mettent au travail. Il y aura bien quelques opposants au projet, quelques indiens réfractèrent ou quelques écologistes en colère, mais le pont devra être érigé.

Naissance d'un pont - Maylis de KerangalQuatrième de couverture :

« À l’aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c’est un autre homme qui sort des bois, c’est un homme hors de lui, c’est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d’acier, irise les nappes d’hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent les eaux, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte. »

Ce livre part d’une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d’un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d’une dizaine d’hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, « à l’américaine », qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court.

Disons le tout net : je n’ai pas aimé ce livre. Je n’ai pas aimé l’écriture de Maylis de Kerangal. Les critiques ont été dithyrambiques, mais je n’ai pas réussi à accrocher. Je ne suis pas entrée dans le bouquin, je n’arrivais pas à suivre correctement le fil de l’histoire. Et puis Kerangal a la fâcheuse manie (à mon sens, évidemment) de mélanger récit et dialogues. Je ne sais pas comment expliquer ça… En général, quand il y a un dialogue, il y a au moins une mise en page spécifique (un retour à la ligne, de la ponctuation spécifique, des tirets, un retrait, que sais-je encore…). Là, il n’y a rien. La narrateur raconte son truc, les gens parlent, tout ça dans le même paragraphe, sans même entamer une nouvelle phrase. C’est vraiment très déstabilisant. Et perso, ça m’a extrêmement agacée. Exemple :

« Le pont inachevé est massif dans la nuit, une présence monstrueuse, très noire, Waldo le dévisage à voix basse, l’éclairage de nuit ne doit pas être trop fort, trop spectaculaire, Georges, je ne veux pas du sabre de flamme, de faisceaux qui sculptent, d’ampoules qui appuient, toute cette saloperie de grandiloquence, les tours ne seront pas éclairées jusqu’au sommet afin qu’on puisse penser qu’elles se prolongent dans la nuit, le tablier sera un simple trait comme une ligne de fuite, et on réglera la balance entre les ombres, entre les différentes qualités d’ombre, on fera toucher les matières, le fleuve, la ville, la forêt et, pour le pont, je veux seulement que l’on sente la force dans les câbles. »

Si le coeur vous en dit, vous pouvez retrouver d’autres citations sur Babelio.

Je n’ai jamais réussi à imaginer ce pont, ni même le fourmillement qu’elle essaie de décrire. Elle brosse le portrait de tout un tas de personnages, mais ne va jamais au fond des choses. Elle les effleure simplement. Et puis on comprend bien que ce pont n’est pas une bonne chose pour les écologistes ni même pour les indiens qui vivent à proximité, mais on a l’impression qu’elle les oublie en cours de route. Elle les évoque au début du roman, puis plus rien. En fait, je ne trouve rien à dire à propos de ce roman, sauf qu’il m’a donné l’impression de perdre mon temps… En général, quand je n’aime pas un roman, je me dis que je ne suis peut être pas tombée sur le bon, que l’auteur a dû faire des choses meilleures ; généralement, j’essaie de lire autre chose de l’auteur. Là, je sais que je n’essaierai pas. Son écriture m’a quasiment provoqué une crise d’urticaire… brrr !!

Comme je suis fort sympathique, je vous laisse les liens vers les chroniques exaltées de la presse. Je me dis que soit je ne sais pas apprécier un texte bien écrit, soit les journalistes ont de la merde dans les yeux… Et j’ai ramé pour trouver une critique négative.

Depuis l’écriture de ce billet, j’ai lu d’autres livres de la rentrée de septembre 2010. Et on verra qu’il y en a un qui lui est encore inférieur… Ce qui n’était pas gagné !!

Naissance d’un pont, Maylis de Kerangal – Verticales, 2010 – 316 pages.

3 réponses à “Naissance d’un pont”

  1. Elbereth dit :

    En même temps, il fallait déjà y penser, de faire un bouquin sur la création d’un pont… Moa ça me laisse perplexe !

  2. PetitChap dit :

    L’idée était un peu saugrenue (j’aime bien ce mot), mais ce n’était pas dénué d’intérêt. On aurait pu imaginer que ce soit un simple prétexte à autre chose. Elle décrit son bouquin comme étant une épopée… à mon avis, c’est totalement raté.

  3. brûleuse de loup dit :

    Je suis contente de trouver enfin une critique négative sur ce roman prétentieux qui ne semble pas à la hauteur de ses ambitions : l’auteur(e) aurait dû appliquer la méthode de Flaubert, le gueuloir, car sa prose ne résiste pas à la lecture à voix haute qui fait ressortir admirablement les clichés et les boursouflures stylistiques.
    Merci de proposer aussi vos romans préférés.

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