La guerre des mondes / H.G. Wells (Herbert George)
Gallimard (Folio plus), 2003 – 359 p.
Note : 4/5Quatrième de couverture : « Je voyais maintenant que c’étaient les créatures les moins terrestres qu’il soit possible de concevoir. Ils étaient formés d’un grand corps rond, ou plutôt d’une grande tête ronde d’environ quatre pieds de diamètre et pourvue d’une figure. Cette face n’avait pas de narine – à vrai dire les Martiens ne semblent pas avoir été doués d’un odorat – mais possédait deux grands yeux sombres, au-dessous desquels se trouvait immédiatement une sorte de bec cartilagineux.
[...] En groupe autour de la bouche, seize tentacules minces, presque des lanières, étaient disposés en deux faisceaux de huit chacun. Depuis peu, avec assez de justesse, le professeur Stowes, le distingué anatomiste, a nommé ces deux faisceaux des mains. »
Fin du XIXe, les Martiens déboulent sur Terre, tout près de Londres. Ces êtres intelligents et supérieurs ont une étrange apparence et se déplacent dans des machines complexes et dangereuses. Les humains tentent de se défendre avant même d’avoir été attaqués, mais les canons les plus perfectionnés sont très peu de chose face à ces êtres supérieurs qui brûlent tout ce qui se trouve à proximité, y compris les humains.
La désolation s’abat sur les terres et dans les esprits ; les humains sont réduits au stade d’animal inférieur. Ils sont alors contraints de fuir et de se cacher.
//* SPOILER — DEBUT — *//
Sans que l’on sache si les Martiens ont volontairement ou non planté une Herbe Rouge sur Terre, Londres et ses abords sont envahis par cette plante couleur sang. Or il s’avère que cette plante, pourtant très prolifique, succombe très rapidement aux diverses bactéries terrestres. Ce phénomène prophétise la disparition des Martiens eux-mêmes : leurs organismes, pas plus que l’Herbe Rouge, n’ont su se défendre face à cet invisible danger.
//* SPOILER — FIN — *//
En ouvrant le bouquin, un peu par hasard il faut bien le dire, je suis tombée sur cette mention : « La traduction française a paru au Mercure de France dès 1900. », ce qui m’a fait m’exclamer : « Mais il a été écrit QUAND, ce bouquin ?! » (Il est sorti en 1898 à Londres, pour ceux que ça intéresse.) Sans pouvoir expliquer pourquoi, je ne pensais pas que ce livre ait été écrit à la fin du XIXe siècle… C’est évidemment un détail sans importance, mais c’est ce qui a éveillé ma curiosité et qui a fait que je l’ai lu.
Le roman, écrit à la première personne, est un genre d’article journalistique. Le narrateur, qui dit être une sorte de philosophe de l’époque « antémartienne » (sur le modèle de « antédiluvien »), relate les évènements après qu’ils se soient produits. Il essaie d’être le plus précis et le plus objectif possible, et il apostrophe régulièrement le lecteur. Ce livre est assez typique, dans sa structure, des bouquins de la fin du XIXe : les phrases sont plutôt longues et bien construites ; le vocabulaire, sans être savant ou trop ardu, est assez soutenu ; les événements n’arrivent jamais de façon soudaine, ils sont toujours amenés par de – plus ou moins – longues descriptions. Le rythme du récit est donc plutôt lent, et je dois avouer m’être ennuyée de temps en temps… Le narrateur m’a mis les nerfs en boule plus d’une fois. On a envie de lui gueuler dessus : « Vas-y, arrête de tourner autour du pot, on a compris que les gens étaient terrorisés, qu’ils se faisaient massacrer par le feu des Martiens, et que tu croyais être le seul survivant ! Envoie la suite, bordel ! » M’enfin… J’imagine que ça fait aussi partie du « charme » de ce genre de livres.
Wells, dont j’ai appris qu’il était un scientifique, a distillé pas mal d’informations sur les connaissances de l’époque en matière de sciences et de biologie ; il s’est même permis de « s’auto-citer » à propos d’un article scientifique qu’il a écrit avant de publier La Guerre des mondes :
« Il est intéressant de faire remarquer qu’un certain auteur, d’une réputation quasi-scientifique, écrivant longtemps avant l’invasion martienne, prévit pour l’homme une structure finale qui ne différait pas grandement de la condition véritable des Martiens. Je me souviens que sa prophétie parut, en novembre ou en décembre 1893, dans une publication depuis longtemps défunte. [...] » (pp. 207-209).
L’air de rien, il fait également passer, via son narrateur, pas mal de questions de morale : quelle est la légitimité de l’Homme sur Terre et quelle est sa légitimité face à la « tyrannie » qu’il inflige aux animaux ? Est-il réellement un être supérieur ? Un être supérieur à qui, à quoi ? Ce qu’il fait est-il bon ? Quel est (et où est) son avenir ? Parce que voilà, l’Homme est traité comme une fourmi ou une abeille. Les martiens sont des êtres supérieurs qui n’essaient même pas d’établir un contact avec les « autochtones ». Ils veulent s’installer sur Terre, pour une raison qui nous est bien évidemment inconnue, ils « nettoient » donc la planète. Ils ne s’embarrassent pas de la vie de ces êtres étranges qui s’agitent. D’ailleurs, à l’image de la paix royale qu’on fout à une ruche qui ne nous embête pas, les martiens ne tirent que sur les groupes d’hommes qui s’affolent. Il y a fort à parier que ces extra-terrestres se seraient accommodé des humains si ceux-ci avaient su se tenir à l’écart, s’ils avaient su se faire discrets comme peuvent l’être pour eux les insectes. Mais l’Homme se croit supérieur à tout être vivant, et sa nature est belliqueuse…
Tout ça semble peut être ennuyeux, mais le bouquin est vraiment bon. Évidemment, sans les longues descriptions et les passages qui m’ont semblé sans intérêt, l’histoire aurait pu être racontée en 150 pages, mais qu’importe. J’ai bien aimé cette lecture, ce récit de science-fiction bien ancré dans le réel de la fin du XIXe siècle dans les alentours de Londres. J’ai aimé que les Martiens ne soient pas de « petits homme verts » ; j’ai également beaucoup aimé le passage durant lequel le narrateur est prisonnier des ruines d’une maison, j’ai retrouvé certaines similitudes – toutes proportions gardées, hein – des questionnements et des attitudes de Robinson dans Vendredi ou les limbes du pacifique de Michel Tournier.
H.G. Wells a tout simplement donné naissance à un genre littéraire : la science-fiction. Et uniquement pour ça, ce bouquin mérite d’être lu.
PS : ayé ayé… suis de retour dans la civilisation…
Et bien de retour dans la civilisation !!!
Tu n’as pas trop froid, ça va ? héhé
Hey bien, j’ai l’autre version de cette guerre mondiale : les Chroniques Martiennes sont invasion de Mars, autant que la Guerre des Mondes est invasion de la Terre ! Lis le, pour comparer !
A po ce livre, mais a vu le film, dans lequel Tom Cruise se prend pour Bruce Willis et a la seule voiture qui fonctionne de toute la ville… Mais ce n’est pas une référence, n’est-il pas ?
Bonne année 2011 Mme petitchap !