« Il la croyait heureuse ; et elle lui en voulait de ce calme si bien assis,
de cette pesanteur sereine, du bonheur même qu’elle lui donnait. »
Madame Bovary, voilà un bouquin que je voulais lire depuis longtemps mais on trouve toujours autre chose à lire avant de se faire ses « classiques ». Et puis on a toujours l’impression de connaitre ce genre de bouquins dont on entend parler tout au long de sa scolarité, mais leur lecture révèle souvent de belles surprises.
Madame Bovary, c’est l’histoire d’une femme mariée à un homme qu’elle n’aime pas, d’une femme qui s’enferme dans une certaine idée de ce que devrait être sa vie et qui est par conséquent constamment insatisfaite ; c’est l’histoire d’une femme qui s’ennuie, qui est incapable d’aimer, qui est incapable de vivre, tout simplement.
Durant sa jeunesse dans un couvent, elle a lu beaucoup de livres romantiques qui lui ont donné l’envie de vivre sa vie à la façon de ces héroïnes de romans. Mais rien n’est à la hauteur de ses espérances, ni son mari, ni sa province, ni les notables locaux. Elle s’engage alors corps et âme dans des liaisons amoureuses qu’elle imagine passionnées, elle dépense sans compter jusqu’à la ruine… cependant, quoi qu’elle fasse, elle ne trouve pas le bonheur.
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Quatrième de couverture :
Jamais Madame Bovary ne fut aussi belle qu’à cette époque… Ses convoitises, ses chagrins, l’expérience du plaisir et ses illusions toujours jeunes, comme font aux fleurs le fumier, la pluie, les vents et le soleil, l’avaient par gradation développée, et elle s’épanouissait enfin dans la plénitude de sa nature. Ses paupières semblaient taillées tout exprès pour ses longs regards amoureux où la prunelle se perdait, tandis qu’un souffle fort écartait ses narines minces et relevait le coin charnu de ses lèvres, qu’ombrageait à la lumière un peu de duvet noir.
Puisque le résumé de wikipédia me convient et que je n’ai pas envie d’en réécrire un, je me permets un petit copier/coller.
Après avoir suivi ses études dans un lycée de province et à la faculté de Rouen, Charles Bovary s’établit à Toste comme officier de santé et se marie à une riche veuve suite aux instances de sa mère, mais découvre bientôt que celle-ci est une virago et qu’elle ne possède pas autant de biens qu’elle le prétendait. Ne pouvant supporter le choc lié à cette découverte, elle meurt quelques temps après. Lors d’une banale visite, Charles fait la rencontre d’une jeune femme, Emma Rouault, élevée dans un couvent et s’ennuyant à la ferme avec son père. Emma se laisse séduire et se marie avec lui. Marquée au fer rouge par ses lectures romantiques de jeunesse, et nourrissant une vision passionnément lyrique de l’existence, elle se prend à rêver d’une vie en adéquation avec ses aspirations naïves de jeune fille grâce à son mariage.
Le temps faisant son œuvre, sa vie en couple dégénère pour devenir insipide et monotone, son mari privé d’ambition ne répondant pas à ses attentes d’une vie exaltante. Vient le bal donné au château de la Vaubyessard, qui marque une pliure déterminante dans sa vie en lui laissant entrevoir les charmes tentateurs d’une vie privilégiée dont elle rêve depuis sa plus prime jeunesse. Cette soirée continuera longtemps de hanter son esprit en exerçant sur elle une fascination implacable.
Désabusée par le retour brutal à la réalité, celle d’une vie étouffante et ennuyeuse qu’elle mène avec son faible mari, Emma dépérit. Pour qu’elle se rétablisse, il lui faut la changer d’air. Charles décide de s’installer dans un village-bourg, non loin de Rouen : Yonville-l’Abbaye, alors que Madame Bovary est enceinte. Elle fait la connaissance du pharmacien Homais, archétype du notable de province bouffi d’orgueil et de Léon, un clerc de notaire dont elle éprouve le charme, mais qui part pour Rouen. Si elle se rétablit, Emma n’en reste pas moins écœurée par son mari, qui semble ne pas se soucier d’elle et de ses préoccupations. Elle va se laisser séduire lors des comices agricoles par Rodolphe, riche propriétaire terrien mais coureur de jupons impénitent qui se lassera du romantisme hyperbolique de la jeune femme. C’est après être tombée malade, qu’elle revoit Léon à un spectacle. Surgit une deuxième liaison qui l’entraînera fréquemment à Rouen et dans des dépenses somptuaires, l’obligeant à contracter des dettes auprès d’un usurier, Lheureux.
Menacée par une saisie de ses biens et plus seule que jamais, Emma se suicide en absorbant de l’arsenic. Charles, en découvrant les lettres échangées avec ses amants, meurt de chagrin, après lui avoir toutefois pardonné, abandonnant sa fille.
Moi j’ai quand même envie de prendre la défense du pauvre Charles Bovary, époux malheureux de l’insatisfaite Emma. Sérieux, elle était chiante, Emma. Jamais contente de son sort, toujours à chercher à vivre comme une héroïne romantique… sauf qu’elle n’en avait absolument pas les capacités. L’époux, petit médecin de campagne, homme humble, effacé, et certainement un peu naïf aussi, était très sincèrement fou amoureux de cette pimbêche. On ne peut le nier. Et je trouve qu’on ne lui rend pas assez d’honneur. Il a toujours été à ses côtés, il a toujours essayé de faire de son mieux, de faire en sorte qu’Emma se sente bien. Et même après la mort de son épouse, après qu’il ait découvert le pot aux roses, l’existence des amants, le pourquoi de leur ruine, même alors à ce moment-là, il n’a cessé de l’aimer tendrement. Il était certainement un peu con-con, mais quand même… Je le trouve très sincèrement touchant, cet homme.
Emma, elle, me met les nerfs en boule. Même en tant qu’amante, je la trouve médiocre. On dirait une petite fille à qui on vient d’offrir une nouvelle poupée… Elle est tellement puérile dans ses réactions. Alors effectivement, elle a reçu une bonne éducation, son père l’a couverte d’affection, elle avait légitimement des rêves et des envies. Charles, lui, est devenu un petit médecin médiocre après avoir subi durant toute son enfance l’emprise de ses parents, notamment de sa mère, femme ambitieuse, très fière, mais aussi envieuse et un brin crétine. Avec ce mariage, Emma entrevoit un avenir radieux, rythmé par les bals mondains, les sollicitations en tous genres, et les discussions interminables dans les petits salons. Elle imagine également une vie de couple passionnée aux côtés d’un époux romantique et fougueux. Mais la dure réalité la rattrape vite : Charles est un benêt sans ambition ni conversation, il n’a aucun goût pour les mondanités, et les « choses du sexe » ne sont pas non plus à la hauteur des espérances de la jeune femme. Elle éprouve d’ailleurs assez rapidement un dégoût de son époux. Elle découvre alors la sexualité dans les bras d’un amant dont elle ignore d’ailleurs qu’il est un impénitent coureur de jupons. J’avoue que jusqu’à ce stade du récit, cette jeune femme m’émouvait. Je comprenais son sentiment d’injustice, d’enfermement, d’étouffement… Je comprenais ses ambitions de vie romantique, ses déceptions face à la réalité de sa vie.
Mais je trouve qu’elle s’est trop enfermée dans ses fantasmes, réagissant comme une jeune pucelle face à Rodolphe puis à Léon. Elle rêvait d’aventures passionnées et fougueuses ; elle n’est finalement qu’une mauvaise parodie de l’amante enflammée. Elle surjoue son rôle, ce qui effraie d’ailleurs ses deux amants. Elle se coupe totalement de toute réalité, elle la fuit. Elle évolue dans un monde à part, s’imaginant que toute forme de vie s’articule autour de sa personne, délaissant sa fille, piquant des caprices. Son suicide n’est pas une surprise, mais ce qui aurait pu être un acte romantique au plus haut point n’est finalement qu’un geste pitoyable et désespéré.
Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants. Il y a le pharmacien et son épouse, le notaire, la patronne de la taverne, les domestiques, le curé… Flaubert dépeint les « mœurs de province » à merveille, on s’y croirait !
Voilà voilà… J’ai énormément aimé ce roman. J’aime l’écriture de Flaubert, elle a ce petit goût typique du XIXème siècle, avec de belles phrases bien construites, des verbes conjugués dans des temps trop rarement utilisés par nos auteurs contemporains. Et puis on ne peut s’empêcher de lire Madame Bovary sans penser au procès que ce livre a valu à Gustave Flaubert. Il a écrit son roman de 1851 à 1856 ; il est d’abord publié sous la forme d’un feuilleton dans La Revue de Paris dès la fin de cette même année. Le procès pour « outrages à la moralité publique et religieuse et aux bonnes mœurs » a lieu dès le début de l’année 1857. La scène du fiacre a notamment « un brin » choqué les gardiens de la moralité. Pour ceux qui n’auraient pas lu le livre, sachez qu’Emma et Léon ont passé toute une journée enfermés dans un fiacre, mais que rien de ce qui s’est passé dans le véhicule n’est décrit. Il faut alors imaginer… Plusieurs passages ont été tronqués lors de la parution en feuilletons, ce qui a fort agacé le brave Gustave. M’enfin, il a eu gain de cause, aucune charge n’ayant été retenue contre lui. Et Madame Bovary est devenu un classique dont on parle encore 150 ans plus tard…
Petits suppléments :
- Ministère Public contre M. Gustave Flaubert : Réquisitoire de M. l’avocat impérial, M. Ernest Pinard et jugement.
- Plaidoirie de Maitre Sénard, avocat de Gustave Flaubert
Madame Bovary – Gustave Flaubert
Gallimard (Folio), 2000 – 492 pages
La patronne de la taverne, une femme certainement très distinguée.
Jamais lu.
Faut dire que ces classiques te font horreur pendant toute ta scolarité. Et personnellement ayant poussé le vice assez loin à la fac avec ce genre de sujet, on peut pas dire que ça se soit arrangé. Tous ces Flaubert, Zola et autres Alfredou Musset sont forcément liés à une analyse trop poussée dans le détail qui les rends indigestes et chiants au possible. Voire traumatisants. Je sais de quoi je parle.
Mais qui sait, peut-être qu’un jour, je passerai outre cela, et tomberai folle amoureuse d’Emma…
Je partage tout à fait ton avis sur cette question des classiques. Et c’est un gros problème. Moi je ne commence à avoir envie de les lire que maintenant, presque 8 ans après avoir terminé ma scolarité…